L'ATTAQUE DU MAQUIS DE FTP
DE COAT-NEVENEZ EN POMMERIT-JAUDY
LE 9 JUILLET 1944 PAR L'ARMEE D'OCCUPATION



Le manoir de Coat-Névenez en Pommerit-Jaudy était exploité par la famille LESTIC, le mari Louis était prisonnier de guerre en Allemagne depuis 1940, son épouse Christine, née LE BOURDONNEC exploitait la ferme aidée par Marie LE VEZOUET.
Le maquis était constitué de maquisards issus pour la plupart des FTP. Le groupe prendra le nom de "compagnie Roger BARBE", jeune résistant fusillé le 21 octobre 1941 à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine).
Le capitaine MAURICE en était le chef incontesté et respecté. De par sa formation de fusilier marin il su organiser en professionnel la riposte face l'attaque allemande. Lors de la célébration de la Libération du secteur de Lannion, c'est lui qui sera en tête de défilé, suivi par des maquisards ayant combattu à ses côtés à Coat-Névenez.
Dans le groupe de maquisards, figurait Franz PETREI, un autrichien enrôlé de force dans l'armée allemande qui déserta avec son fusil "Mauser" le 27 mai 1944. Il joua un rôle important de par sa formation militaire et comprenant les ordres donnés par les officiers allemands lors des différentes attaques.
Le dimanche 9 juillet 1944, le maquis de Coat-Névenez attaqué
Le maquis de Pommerit-Jaudy est situé à mi-distance entre les bourgs de Prat et de Pommerit-Jaudy, dans un bois orienté N-E - S-O d'une longueur de 1 km et de 300 m de large.
La position domine de 100 m la vallée et la rivière " Le Jaudy " qui le borde à une distance de 150 m dans toute sa longueur.
L'effectif est de 120 hommes, l'armement comprend 5 fusils mitrailleurs, mitraillettes et fusils. 30 hommes sont armés seulement de grenades.
De vastes terrains découverts, dans la partie sud, sud-est et sud-ouest, permettent une défense efficace, l'obstacle présenté par la rivière, l'excellent couvert fourni par le bois, l'isolement de l'endroit, semblent en faire un très bon emplacement.
Mais on a compté sans les mouchards et le maquis est bientôt " donné ".
L'attaque se produit le dimanche 9 juillet 1944.
Le combat
Seuls, 5 hommes en mission depuis la veille sont absents. A 16 h 05 au moment même où arrivent de Pommerit-Jaudy deux jeunes (1) accourus pour signaler la présence des boches, les sentinelles des postes avancés aperçoivent les premiers ennemis à 500 m du maquis et donnent l'alerte. Aussitôt les positions de combat sont occupées.

(1) il s'agit de d'Yves GUILLOU et d'Henri MANSEC, ils vinrent à bicyclette prévenir le maquis

Attaque par le nord
Venant du nord, l'ennemi est bientôt en contact avec la 3ème section chargée de la défense de cette partie de la position. Un tir intense d'armes automatiques (fusils mitrailleurs, mitraillettes) est dirigé contre toute la partie nord du bois, mais nos hommes protégés par des talus et retirés dans leurs épaulements de tirs subissent sans dommage cet arrosage intense. Ayant reçu la consigne de ne tirer que lorsque l'ennemi se présentera assez près pour être atteint à coup sûr, ils attendent. Il ne faut pas gaspiller les munitions.
L'intention de l'ennemi est de progresser en direction nord-sud dans le bois. Mais dès qu'il amorcera sa progression par bonds individuels à flan de coteau, il est pris sous le feu nourri qui le cloue au sol. Pendant une demi-heure, les boches tentent en vain d'atteindre le bois.
Les autres secteurs sont relativement calmes, mais d'un calme apparent, coupé de temps en temps d'un coup de feu ou d'une rafale de mitraillette. L'ennemi manœuvre et prépare une attaque d'envergure. Des sections parviennent des renseignements qui présentent la situation clairement : les boches recherchent l'encerclement. En effet des 1ère, 2ème et 3ème sections on signale : " aperçu, groupes d'Allemands assez éloignés progressent en direction du maquis ".
Cependant un agent de liaison apporte une nouvelle qu'un camion allemand chargé de troupes s'étant présenté sur la route, au sud, les sentinelles l'ont laissé passer et l'ont attaqué à la grenade. Une grenade défensive a fait explosion dans le camion au milieu du groupe d'ennemis.
Le camion s'était engagé dans un chemin creux sans issu,
surplombé de hauts talus sur lesquels étaient postés les maquisards.

Attaque à l'est
Dans le secteur nord, le calme est revenu et, à 16 h 50 dans le silence complet, un chant de marche allemand s'élève venant du nord-est. Les comptes rendus adressés par les chefs de sections indiquent que la situation devient critique. Un homme de la 4ème section est grièvement blessé.
Et soudain, de la direction de l'est, l'ennemi déclenche un feu nourri d'armes automatiques. A travers l'enfer des rafales nous parviennent les cris rauques des officiers allemands criant des ordres : Voraus ? Voraus ? (Devant ? Devant ?). Les champs de tirs sont très limités et les Allemands atteignent un angle mort, un sentier situé de 30 à 50 m de nos positions. Ce secteur est tenu par un groupe de la 4ème section, qui renforcé par une dizaine de camarades pris dans les autres sections, va tenir en échec durant 45 mn plusieurs sections ennemies. Voulant progresser dans notre direction, les boches en quittant le sentier gagnent un champ de blé couché par les pluies, et n'offrant de ce fait aucune protection contre les vues et contre les coups. De plus, le champ de blé en contre pente, offre un champ de tir favorable.
L'ennemi est sur le point de donner l'assaut et il faut à tout prix l'empêcher d'aboutir.
Un à un les boches surgissent, mais sont aussitôt foudroyés.
Le fusil mitrailleur du groupe ne tire plus que coup par coup ; mais on n'a pas le temps de le démonter. Le chef de groupe, un athlète magnifique, s'en empare et debout, l'épaule et tire sans arrêt malgré les balles qui pleuvent autour de lui. Il faut déloger les boches du ravin, qui en nombre peuvent d'un moment à l'autre en surgir. Des dispositions sont prises et bientôt, un maquisard, portant une musette chargée de grenades défensives, rampe le long du talus et se poste en face du repaire des nazis. Quelques camarades, de bons lanceurs de grenades le suivent. Abrités, ils repèrent avec soin l'endroit où doivent tomber leurs projectiles, et au bout de quelques instants 10 grenades tombent dans le ravin.
Des cris de douleur font place aux chants de guerre de tout à l'heure.
Une brève accalmie s'ensuit, puis de nouveaux cris rageurs et scandés par des officiers allemands, quelques rafales de mitraillettes et à nouveau le calme.
Attaque par mortiers et canons de 37 mm
Cependant, à 400 m, au sud de la ferme, d'importants groupes boches sont signalés, au contact avec la 1ère section, mais le calme se poursuit.
Alors brusquement, ce calme sourd de menaces, fait place aux éclatements secs des mortiers, qui encadrent toutes les positions en même temps que reprennent les rafales d'armes automatiques, dans les secteurs nord-est et sud à leur sifflement caractéristiques nous reconnaissons des obus d'artillerie ; nous subissons une pluie d'obus de 37 mm, heureusement mal réglés. Les deux servants du fusil mitrailleur de la 4ème section, blessés, sont hors de combat, le chef de groupe prend l'arme et continue le combat.
Un mot d'ordre passe " tenir 10 mn ", " ensuite repli sur ordre ". Un chef de groupe, du PC du maquis, la joue transpercée par une balle laisse choir une grenade dégoupillée, son voisin se précipite et n'a que le temps de jeter le projectile.
Le combat fait rage, les boches cherchent à donner l'assaut. Un jeune italien de 20 ans, Amerigo ZULIANI, pour mieux distinguer l'ennemi se dresse sur le talus, et, debout, fait le coup de feu jusqu'au moment où frappé d'une balle en plein front, il tombe près de son camarade de combat, lui-même blessé à la main, il subira l'amputation de la main, pratiquée par le docteur G. de Prat en plein champ, à la lueur d'une lampe à pétrole (2).
L'ordre de repli est donné, point de rassemblement au sud de la ferme.
L'opération la plus délicate, reste à effectuer, car si nos camarades ont montré, durant le combat, les plus belles qualités de courage et de sang froid, un absolu mépris du danger, comment en raison même de leurs qualités de combattants se soumettront-ils à la périlleuses et minutieuse manœuvre de décrochage.

(2) il s'agit de Jean LE PAGE "P'tit PAGE"

Le repli des maquisards
Le repli des sections dans la région de la ferme, est chose facile, grâce au couvert qu'offre le bois. Elle s'effectue rapidement en bon ordre.
Il s'agit maintenant de quitter les lieux, de franchir la route au sud et de gagner, avant que les boches puissent intervenir, le hameau de Pabu.
L'ordre de repli est donné, la troisième section marchera en tête, puis la première, la deuxième, enfin la quatrième, 10 volontaires partent en éclaireur et sortent du bois. Premier objectif à atteindre, la route, mission rendre le franchissement de la route libre, pour le passage des sections.
Les éclaireurs tentent de franchir la route et essuient des rafales de Fusil Mitrailleur tirant à courte distance. L'arme ennemie est repérée, elle prend la route en enfilade. Alors deux hommes ayant chacun deux grenades rampent en silence, à l'abri d'un talus protecteur. Ils savent que le passage de la route est la condition de salut de leurs camarades. Le Fusil Mitrailleur boche tire par petites rafales. Soudain trois explosions, le Fusil Mitrailleur s'est tu.
Les éclaireurs bondissent, l'ennemi ne réagit plus la mission est accomplie.
Successivement, la première et la deuxième section franchissent la route sans encombre, mais leur repli sera l'objet de harcèlement sur plusieurs kilomètres, par les groupes ennemis préposés à la surveillance de la route et qui sont revenus de leur surprise. Au cours de ces décrochages nous compterons deux morts.
Reste la quatrième section qui, maintenue sur ses positions, protège le repli. Les Allemands font irruption dans le bois et foncent sur le PC scindant la section en deux fractions dont l'une comprend un groupe qui réussit à se replier par le nord, ne perdant qu'un seul homme. Les deux autres au sud et à l'est du PC entourés de nombreux groupes ennemis, doivent attendre, dissimulés dans les broussailles, le milieu de la nuit pour décrocher.
En se repliant quelques hommes s'approchent sans bruit de la cour de la ferme, où les boches ivres font ripaille et place trois grenades défensives au milieu des " frisés ".
Il s'ensuit une panique totale, les boches se mitraillant mutuellement pendant plus d'une heure.
La fin du repli s'effectue sans incident. Etant donné les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles il s'est opéré, l'on peut considérer qu'il constitue un succès total.
Nous déplorons la mort de 7 camarades tous héroïquement tombés en plein combat et ce maquisard de la quatrième section, qui n'avait pour tous moyens, que des grenades et que nous trouvâmes criblé de balles, la main crispée sur un couteau ouvert, ayant utilisé toutes ses grenades.
Les boches dénombrent 130 morts, que nous pûmes contrôler. Nous n'avons pas connu le nombre de blessés.
Ainsi était fait une fois de plus, la preuve que les maquisards dont le courage et la ténacité suppléant parfois des moyens dérisoires, sont des héros de combat, et savent au besoin se plier à la discipline d'une manœuvre périlleuse, digne de vieux combattants. Honneur à eux.

Extrait du carnet de route du capitaine MAURICE, chef du maquis de Pommerit-Jaudy, ancien commandant du 16ème bataillon Forces Françaises du MorBihan front de Lorient.

ANTHOINE René
Né le 25 juillet 1915 à Pommerit-Jaudy, époux de Marie Le Théo, garçon de la ferme de Coat-Névenez en Pommerit-Jaudy, demeurant Pommerit-Jaudy, civil.
Après le combat, René Anthoine qui se trouvait sur les lieux (son lieu de travail habituel) est arrêté et assassiné sur place, attaché à une chaise et jeté dans le brasier.

DESLISLES Octave, René
Né le 12 juillet 1922 à Rennes (Ille-et-Vilaine), cordonnier, originaire de Saint-Malo, réfractaire au STO réfugié à Cavan chez Yves Tremel cordonnier, surnommé Mousse ou Mousse Trémel, FTP.
Octave Desliles est tué lors du combat.

GOAVEC Laurent
Né le 31 octobre 1911 à Lambézellec (Finistère), marié, demeurant à Ploumanac'h en Perros-Guirec, FTP.
Laurent Goavec est tué dans la phase ultime du combat au cours de la percée vers Mantallot, lors du décrochage.

LE BRIS Alphonse, Joseph, Marie

Né le 23 mars 1921 à Cavan, demeurant à Cavan, FTP.
Alphons Le Bris, blessé lors du combat, intransportable, il fut ligoté sur une chaise par les militaires allemands et jeté dans le brasier de la ferme incendiée.

LECLERC Pierre, Joseph, René
Né 27 juillet 1922 à Caen (Calvados), demeurant à Caen, résidant à Saint-Michel-en-Grèves, instituteur, FTP.
Pierre Leclerc est tué lors du combat.

LINTANF André
Né le 18 décembre 1924 à Ploubezre, demeurant rue de Kerampont à Lannion, FTP.
André Lintanf, blessé intransportable est achevé sur place par les militaires allemands.

OLLIVIER Gabriel
Né le 13 novembre 1923 à Perros-Guirec, "Gaby", demeurant à La Clarté en Perros-Guirec, quartier maître fusilier, FTP.
Gabriel Ollivier est capturé par surprise le soir du 9 juillet 1944, ramené dans la soirée à la ferme et refusant de parler est assassiné après avoir été martyrisé.

RICHARD François
Né le 20 juin 1925 à Langoat, demeurant à Langoat.
François Richard est tué lors du combat.

ZULIANI Amerigo

Né le 22 septembre 1924 à Augement ou Angomant (Meurthe-et-Moselle), d'origine italienne, venant de Ploëmeur près de Lorient (Morbihan), demeurant à Perros-Guirec.
Amerigo Zuliani est tué lors du combat.

FTP ayant participé au combat


René ANTHOINE

Octave DESLISLES

Laurent GOAVEC

Alphonse LE BRIS

Pierre LECLERC

André LINTANF

Gabriel OLLIVIER

François RICHARD

Amerigo ZULIANI


schéma ralisé par Corentin André le capitaine Maurice
l'attaque du maquis, les flèches en rouge indiquent les offensives allemandes
FM : fusils mitrailleurs




ils faisaient partie du groupe de maquisards
- Georges LE JEUNE,
assassiné le 24 juillet 1944 par les miliciens autonomiste de la Bezen Perrot à Plougonven (Finstère)

- Denis LE BOUFFANT,
tué le 4 août 1944 par les Allemands à La Roche Derrien.